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Vernissage le vendredi 22 juin 

et les articles sur Virginie Le Touze, Gregory Forstner, Max Charvolen, Marcus Kreiss, cliquez plus bas, dans la rubrique "Liens à voir et à lire" ou ici :

Max Charvolen (Lire Verso n°62)

souvenirsfromearth (lire Verso 63)

Gregory Forstner (Lire Verso N°59)

Virginie Le Touze (Lire Verso n°56)

Pour écouter 3 poèmes, dit par Maëlys Ricordeau cliquer sur :

 

Printemps des Poètes: Sophie Braganti - Littérature - France Culture

 

et sur le bouton rouge...

 

Idem pour un poème dans l'émission Pas la peine de crier, dit par Marie Richeux au début : 

 

Au château, Mesdames ! - Arts & Spectacles - France Culture

Prochaine date : samedi 19 mai de 10H à 12H dernière version(min). Inscription par le mail "contact".

  Editions Gros Textes


Trac


 Sophie Braganti


 

Mes échecs je les ai tous si magistralement réussis j'y ai mis tant de cœur d'énergie et d'esprit que ça ferait peine de ne pas s'en réjouir face à ma collection de gamelles j'ai pensé à Warhol c'est dans mes vestes ses revers que j'ai enfin touché l'arc-en-ciel j'avais tant attendu pour ça


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Trac est le n°2 d'une trilogie (Vrac, éd. Grostextes 2010, n°1)

80 pages au format 10 x 15, + 6 pages  photographies de l’auteur (voir album photo ci-contre Scènes de ménages), 

7 € (+ 1 € de port).

Le port est compris à partir de 2 exemplaires.

Commande à

Gros Textes

Fontfourane

05380 Châteauroux-les-Alpes

(Chèque à l’ordre de Gros Textes)


 à Nice: librairie Masséna (04 93 80 90 16) 

Librairie galerie Arts06 13 av Pauliani 06000



Illustrations Thierry Vincent 2010

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J’aime pas les claques. Jamais pu m’habituer. Ni à celles de ma mère, ni à celles de mon père. Les pires sont celles de ma mère, car elles sont plus nombreuses. C’est normal, c’est elle qui passe le plus de temps avec moi. Peut-être que comme elle le dit, je ne suis pas assez gentil. Pourtant j’essaye. Je suis né gentil. Tous les bébés ont l’air gentil quand ils naissent. Tous les bébés naissent et personne ne peut dire qu’ils naissent gentils ou méchants. Ils naissent et déjà ça c’est pas facile. Ils font juste la grimace quand ils ont faim ou des coliques ou des dents qui poussent. Ça les fait pleurer souvent. C’est pas leur faute. S’ils pleurent, s’ils crient, s’ils vomissent, s’ils sentent mauvais, s’ils se réveillent la nuit et qu’ils ont peur d’un claquement de porte, d’une ombre sur un mur, c’est pas leur faute. J’en suis certain. Disons que tout le monde naît gentil. Naître gentil ça veut dire qu’il n’y a pas d’intention malveillante, quand on tourne en rond dans un utérus et qu’on joue avec sa corde à sauter. Moi, on me l’a souvent répété. Le bébé de rêves j’étais. Encore mieux que dans un catalogue. Encore plus beau que dans les publicités pour les mères. Images_j-aime_pas_les_claques--glisse-e-s--2.jpg

Depuis tout petit, ça a commencé. Je m’en souviens encore. J’étais dans ma voiture VTT. Des interminables boulevards des supermarchés, je préférais ceux où il y avait les bonbons et les biscuits salés. Ma ceinture de sécurité était attachée. Je tendais mes bras pour attraper tout ce qui était à ma portée. Je me penchais tellement malgré les interdictions de ma mère, qu’un jour je suis tombé. J’étais renversé.

Même pas fait mal. Mais peur et surtout, un peu vexé. Il y avait d’autres enfants à côté qui se moquaient de moi. Ce jour-là, ma mère devait être très pressée ou trop fatiguée, un truc du genre, car aussitôt réinstallé énergiquement dans ma voiture, sa main pleine de bagues s’est écrasée sur ma joue. Sa main comme une pieuvre. Collante, lourde, ferme et froide.

Mon père, lui, savait ne pas se perdre en explications qu’il devait sans doute juger inutiles. C’était un dimanche de février. Je devais avoir trois ans. Il n’y avait pas si longtemps que je savais gambader sans me casser les dents...

      Images_j-aime_pas_les_claques--glisse-e-s--1.jpg...C’était un labrador de trois mois. Il courrait partout et sautait sur les fauteuils et sur les lits. Je le trouvais adorable comme tous les chiots. Je savais qu’on serait bons amis. Je ne me souviens pas d’avoir été plus heureux dans ma vie que ce jour-là. Je lui lançais mon vieux nounours que je me décidais à sacrifier, et lui le tétouillait longtemps avant de me le rapporter. L’ennui était qu’il faisait pipi partout. Ma mère le prit en grippe. Elle criait tellement qu’il avait peur et que de peur, il en rajoutait. De petites flaques inertes et incolores, il finissait par de petites gouttes sur le parquet à la queue leu leu. Il ne savait pas encore lever la patte. Il s’accroupissait et sa queue lui faisait une cinquième patte.

Le chiot se transmuait peu à peu en jeune chien. J’avais pris l’habitude de le promener dans la rue et de lui lancer des balles. De retour à la maison, il débordait d’allant, avec sa queue il renversait tous les objets à sa portée. Il avait eu raison de ma peluche, jusqu’au démembrement. Il l’avait même évidé de sa bourre. Si je vous disais qu’elle ressemblait à un Bellmer, vous ne croirez pas qu’un enfant puisse avoir de telles références culturelles. Vous aurez raison.

Ma mère et mon père avaient eux aussi pris de nouvelles habitudes. L’un lui donnait des ordres : couché, assis, debout, donne la patte, attrape, sors d’ici ! L’autre lui donnait des tapes sur la croupe et sur le crâne. Variantes avec des coups de savate. Le chien avait pris l’habitude de baisser la tête, les oreilles légèrement en arrière, la queue entre les pattes, battre en retraite, sous une chaise.

Enfin, peu à peu tout était à sa place. Le chien dormait dans ma chambre. Je lui avais donné un surnom. Med. Mes parents l’avaient baptisé Médor. Je risquais gros en lui autorisant mon lit en catimini. Dès que j’entendais des pas approcher de ma porte, je l’appelais et lui filait sur le tapis. Il prenait la pause du dormeur indifférent aux spasmes du monde. Une fois les pas écartés, je le consolais en lui racontant des choses qu’il semblait comprendre. Puis il reprenait sa place encore tiède sur le lit. Quand je lui parlais, il me regardait en inclinant sa tête à droite et à gauche. Puis je rampais sous les draps. Il comprenait que c’était ma façon de baisser le rideau. Alors plus rien de mon corps n’en réchappait. Jusqu’au matin. Je conservais un poids dans le ventre. Une balle que j’aurais aimée légère. La lancer le plus loin possible.

Pour mon chien.

33

 

J'ai quitté la colline de Saint-Pierre de Féric pour Les Moulins en 1968. J'ai quitté la cité pour la Corniche des Oliviers en 1980 etc. J'ai fait comme la tortue. Toutes mes maisons sont sur mon dos,


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inscrites dans l'échiquier du temps. Non, non, c'est pas si lourd. Regardez comme on avance bien. Tellement bien, que j'y reviens. Toujours avec Cloclo. J'écris une suite en ce moment. Et Edmond Baudoin m'accompagne.

Les Moulins éditions Belem ( Nouvelles ), fév 2005


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